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Avancées de la recherche sur l'autisme : pistes et espoirs Version imprimable Suggérer par mail
ImageNous avons demandé à Monsieur Nicolas Ramoz, généticien, membre de notre Conseil Scientifique et responsable scientifique du programme de recherche de constitution de notre banque de données génétiques et phénotypiques, d'avoir la gentillesse de transmettre aux parents d'enfants affectés, un point le plus actualisé possible au niveau de la recherche internationale.  
"L'autisme et ses symptômes particuliers ont été décrits pour la première fois en 1943 par le psychiatre américain Léo Kanner. Depuis, l'autisme est classé parmi les troubles envahissants du développement (TED) où l'on distingue : l'autisme infantile, l'autisme atypique, le syndrome de Rett, le syndrome d'Asperger et les troubles désintégratifs.
M. Nicolas Ramoz, Généticien, INSERM -U675

L'autisme se caractérise de manière quantifiable (degré de facilité ou de difficulté) d'après trois corps de symptômes que sont : la communication, l'interaction sociale et la présence d'activités et d'intérêts restreints et/ou stéréotypés. Un enfant sur 166 est touché par une forme d'autisme.La nature de ce trouble est encore inconnue, cependant il a été mis en évidence une très forte implication génétique dans l'autisme.

L'autisme est un trouble fortement héréditaire où des facteurs environnementaux et épigénétiques (changements dans la cellule de l'accès à la séquence d'un gène sans modification de cette séquence) interagissent vraisemblablement avec une prédisposition génétique qui implique plusieurs gènes à risque.

Ces dernières années, la compréhension de la grande diversité du spectre autistique et donc de la diversité phénotypique dans l'autisme, est une des voies majeures des recherches fondamentales et cliniques pour aboutir à l'identification des gènes impliqués dans l'autisme et aux développements possibles de traitements pour certains symptômes.

En effet, certains symptômes de l'autisme sont souvent retrouvés à des degrés variés chez les membres non atteints d'une même fratrie. L'utilisation de ces endophénotypes augmente la puissance de l'analyse génétique en homogénéisant la cohorte familiale étudiée et peut conduire à l'identification de facteurs génétiques d'un trait spécifique.

Une liaison génétique

Ainsi, une étude réplicative a confirmé la liaison génétique de la région chromosomique 17q21 à l'autisme, et cela de façon très significative chez les familles avec seulement des garçons atteints (Cantor, 2005). Au voisinage de cette région, le gène SLC6A4 (codant pour une protéine de transport de la sérotonine, un neurotransmetteur indispensable à l'activité cérébrale qui est notamment impliqué dans divers états comportementaux) a été trouvé muté dans quelques fratries où les enfants autistes présentaient des comportements rigides et compulsifs sévères (Sutcliffe, 2005).

Cependant, l'étude du gène SLC6A4 sur une très grande cohorte de 390 familles a révélé le caractère très hétérogène de l'implication de ce gène (Devlin, 2005).

Cela incite les chercheurs à identifier les facteurs qui influencent la relation qui existerait entre les phénotypes de l'autisme et le gène SLC6A4, et plus généralement la voie de la sérotonine. D'autres gènes, dont le gène EN2 qui est impliqué dans le développement du cerveau (Benayed, 2005) et le gène SLC25A12 qui est impliqué dans la production de l'énergie pour les neurones (Segurado, 2005), ont été récemment associés à l'autisme et constituent des candidats prometteurs qui demandent des études réplicatives de confirmation.

Les études génétiques de l'autisme se sont grandement multipliées grâce à l'impulsion de larges consortiums, dont la banque de données et ressources biologiques Autism Genetic Resource Exchange soutenue par la fondation Cure Autism Now(*), et le projet Autism Genome Project lancé par la National Alliance for Autism Research, devenu " AutismSpeaks " (*) en novembre 2005 et qui regroupe près de 170 chercheurs dans 50 laboratoires et institutions à travers le monde.

Avancées majeures en recherches clinique

Les avancées majeures en recherches cliniques viennent de l'analyse fonctionnelle de l'imagerie par résonnance magnétique réalisée chez des patients autistes de haut niveau qui présentent un niveau de facultés et de fonctions vitales élevées. Il a ainsi été mis en évidence que plusieurs régions cérébrales, notamment la région impliquée dans la reconnaissance des visages, étaient moins liées entre elles chez des patients autistes en comparaison à des sujets contrôles (Just, 2004).

Il semblerait également que les patients présenteraient une activité cérébrale moins synchronisée. Cette diminution de synchronisation agirait entre la région du cerveau impliquée dans la visualisation et celle impliquée dans la planification d'actions (Villalobos, 2005). Une partie du mécanisme neurobiologique pourrait être due aux neurones miroirs qui sont activés dans les comportements de mimétismes. En effet, une étude récente a montré une activité réduite des neurones miroirs dans l'autisme et qui est également corrélée à des troubles sociaux (Dapretto, 2006).

Garder espoir et "tenir bon" !

Pour conclure, la prise en charge par des traitements de l'autisme et des troubles envahissants du développement reste un challenge majeur à résoudre pour les années futures. Cela est en grande partie dû à la diversité et à l'hétérogénéité des symptômes chez chacun des patients. Cependant et c'est le message que je veux apporter en conclusion aux familles affectées par l'autisme et qui vivent un quotidien bien souvent très difficile : "il faut garder espoir et tenir bon !", car :

  • d'une part, des interventions précoces sur des troubles spécifiques, tels que les comportements répétés, peuvent réduire ces troubles et permettre aux patients d'acquérir certaines facultés et autonomies vitales et de réaliser tout leur potentiel.

    Pour voir la vidéo de l'école américaine de prise en charge précoce et intensive pour enfants affectés par l'autisme. En anglais (traduction française en cours), au format Windows Média Player, cliquez sur le lien suivant :
    209.242.151.4/ASF2/abc/abcbb.wmv

    Pour voir la mise à disposition du livre de Catherine Maurice pour des interventions précoces et intensives efficaces (en français), cliquez sur le lien suivant :
    www.dlcmcgrawhill.ca/cheneliere_didactique/intervention_behaviorale
  • d'autre part, c'est aujourd'hui l'espoir qui doit dominer le champ de la recherche sur l'autisme grâce aux débuts de réponses apportés par les recherches menées sur les processus neurobiologiques et neuropathologiques impliqués dans l'autisme."

Nicolas Ramoz, Chargé de Recherches INSERM, unité 675 INSERM

Michel Simonneau, Professeur, unité 675 INSERM

(*) les Fondations américaines de recherche, également créés et gérées par des parents d'enfants affectés par l'autisme, Cure Autism Now et www.autismspeaks.org sont des partenaires de la Fondation Autisme, Agir et vaincre.

Références bibliographiques

Benayed R, Gharani N, Rossman I, Mancuso V, Lazar G, Kamdar S, Bruse SE, Tischfield S, Smith BJ, Zimmerman RA, Dicicco-Bloom E, Brzustowicz LM, Millonig JH. Support for the homeobox transcription factor gene ENGRAILED 2 as an autism spectrum disorder susceptibility locus. Am J Hum Genet. 2005, Nov ; 77(5) : 851-868.
Cantor RM, Kono N, Duvall JA, Alvarez-Retuerto A, Stone JL, Alarcon M, Nelson SF, Geschwind DH. Replication of autism linkage: fine-mapping peak at 17q21. Am J Hum Genet. 2005, Juin ; 76(6) : 1050-1056.
Dapretto M, Davies MS, Pfeifer JH, Scott AA, Sigman M, Bookheimer SY, Iacoboni M. Understanding emotions in others: mirror neuron dysfunction in children with autism spectrum disorders. Nat Neurosci. 2006, Jan ; 9(1) : 28-30.
Devlin B, Cook EH Jr, Coon H, Dawson G, Grigorenko EL, McMahon W, Minshew N, Pauls D, Smith M, Spence MA, Rodier PM, Stodgell C, Schellenberg GD; CPEA Genetics Network. Autism and the serotonin transporter: the long and short of it. Mol Psychiatry. 2005, Déc ; 10 (12) : 1110-1116.
Just MA, Cherkassky VL, Keller TA, Minshew NJ. Cortical activation and synchronization during sentence comprehension in high-functioning autism: evidence of underconnectivity. Brain. 2004, Août ; 127 (Pt 8) : 1811-1821.
Segurado R, Conroy J, Meally E, Fitzgerald M, Gill M, Gallagher L. Confirmation of association between autism and the mitochondrial aspartate/glutamate carrier SLC25A12 gene on chromosome 2q31. Am J Psychiatry. 2005, Nov ; 162(11) : 2182-2184.
Sutcliffe JS, Delahanty RJ, Prasad HC, McCauley JL, Han Q, Jiang L, Li C, Folstein SE, Blakely RD. Allelic heterogeneity at the serotonin transporter locus (SLC6A4) confers susceptibility to autism and rigid-compulsive behaviors. Am J Hum Genet. 2005 Août ; 77(2) : 265-279.
Villalobos ME, Mizuno A, Dahl BC, Kemmotsu N, Muller RA. Reduced functional connectivity between V1 and inferior frontal cortex associated with visuomotor performance in autism. Neuroimage. 2005 Avril 15 ; 25(3) : 916-925.

Biographie INSERM de M. Nicolas Ramoz

Formation
J’ai obtenu ma thèse sous la direction du Pr Gérard Orth, unité INSERMU190/ Laboratoire des Papillomavirus à l’institut Pasteur, Paris. Ce travail a permis l’identification de deux nouveaux gènes, EVER1 et EVER2, impliqués dans la prédisposition aux infections par les papillomavirus humains oncogènes dans une maladie multifactorielle rare, l’épidrmodysplasie verruciforme (EV ; MIM#226400).
J’ai ensuite effectué un stage post-doctoral sur la génétique de l’autisme (AD ; MIM#209850) dans le laboratoire du Pr Joseph Buxbaum de neuropsychiatrie moléculaire, Mount Sinai Medical Center, New York, USA. J’ai notamment identifié une liaison génétique et une association entre l’autisme et le gène AGC1, un transporteur aspartate/glutamate mitochondrial localisé en 2q31.
Depuis avril 2005, je poursuis mes recherches sur la génétique de l’autisme dans l’unité INSERM-U675 dirigée par le Pr Philip Gorwood et cela en collaboration avec l’équipe du Pr Michel Simonneau.cadré.

Publication
American journal of psychiatry, 2004, 161: 662-669
Molecular psychiatry, 2004, 9: 144-150
European journal of neuroscience, 2004, 20, 603-610
Journal of neuropathology and experimental neurology, 2003, 62, 999-1005
Nature genetics, 2002, 32, 579-581
Journal of Investigative Dermatology, 2001, 117: 935-942
Journal of Investigative Dermatology, 2000, 114: 1148-1153
Journal of Investigative Dermatology, 1999, 112: 259-263
Immunology Today, 1999, 20: 475-476
Autism spectrum disorders. 2003, New York : Marcel Dekker Press, p. 133-151.

Projet scientifique
Mon projet scientifique dans l’unité INSERM-U675 est l’identification des facteurs génétiques de prédisposition à l’autisme. J’utilise les outils de génétique humaine et de biologie moléculaire pour étudier et cribler les régions chromosomiques et gènes candidats à l’autisme, cela dans des cohortes de patients, parents et apparentés. Je m’intéresse, en particulier, à l’analyse de sous-groupes présentant des phénotypes spécifiques ou endophénotypes, tel que les troubles obsessifs et compulsifs (TOC) qui représentent une autre thématique d’étude de l’unité du Pr Philip Gorwood. En collaboration avec l’équipe du Pr Michel Simonneau, nous analysons l’expression des gènes candidats, dans les tissus humains et murins à différents stades du développement, et étudions la fonction des protéines codées par ces gènes, cela dans des modèles in vitro de cultures neuronales ou in vivo chez la souris. A terme, ce travail devrait permettre de disposer de marqueurs biologiques et de proposer un diagnostic moléculaire pour l’autisme.

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